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Affaire Seznec Discussion

Affaire Seznec Affaire Quéméneur-Seznec... Plusieurs livres ont été publiés et la BN a conservé la presse de l'époque, numérisée sur Gallica. Trois auteurs ont eu le dossier entre les mains : Denis Langlois, Denis Seznec, Bernez Rouz. Ce n'est qu'en 2015 que j'ai eu connaissance de cette affaire par le livre de Denis Langlois : pour en finir avec l'affaire Seznec. J'ai voulu en savoir plus.

Seznec et les machines à écrire

La version officielle veut que Guillaume Seznec ait acheté une machine à écrire au Havre, l'ait ramenée en Bretagne au vu et au su des Gadois et des Jacob,  pour fabriquer ses promesses de vente apocryphes entre le 14 et le 20 juin. Il aurait refait le voyage du Havre le 20 juin pour ramener la valise avec la fausse promesse de vente. 

Problème :

Avait-il la valise avec lui le 13 juin, oui ou non?

Si oui qu'en a-t-il fait? À cette époque là on ne mettait pas les valises dans les consignes des gares incognito. 

 

Cette valise était détrempée par l'eau de mer et contenait du sable de mer.

Difficile de soutenir qu'elle sortait d'une consigne!

On la verrait plutôt abandonnée près du port du Havre jusqu'à ce qu'un matelot la récupère puis l'abandonne à la gare lorsqu'il a découvert à qui elle appartenait. 

Le Juge Hervé a écrit que le billet de train vendu à Plouaret le 12 juin portait mention d'un bagage. 

À Plouaret aucun de ceux qui ont croisé Seznec le 12 juin ne parlent d'une valise. 

Georges de Hainault et Georges Legrand qui ont certifié avoir vu Seznec dans le train du Havre, ont remarqué, eux, la fameuse valise 

Les Seznec ont-ils fabriqué les promesses de vente avant le 12 juin?

Pour cela il leur aurait fallu une machine à écrire frappant les accents.

Disposaient-ils d'une machine à écrire comportant un clavier français?

 

Le Journal, 13 juillet 1923 : La Royal 10 de Seznec était équipée d'un clavier américain.

Le Journal, 13 juillet 1923 : La Royal 10 de Seznec était équipée d'un clavier américain.

Le 30 mai dernier, M. Batrude, marchand de machines à écrire à Brest, s'arrête chez le négociant morlaisien ; il est accompagné d'un peintre. Seznec lui demande s'il serait possible de changer le clavier américain d'une machine contre un clavier français. M. Batrude répond que l'opération serait coûteuse et difficile.
 Cette question, pense la justice, n'est pas naturelle.

Extrait d'un article du Petit Parisien du 11 juillet 1923  retranscrit par Marc du Ryez , blog affaire Quemener- Seznec 

Il semblerait bien que Guillaume Seznec ne disposait pas d'une machine à écrire comportant un clavier français. 

Les promesses de vente ayant toutes les accentuations ont été tapées avec une machine de ce type. 

 

Dépêche de Brest 23 juillet 1923

Dépêche de Brest 23 juillet 1923

Donc la 4ème machine dont parle madame Seznec est probablement celle qui a été achetée au Havre

Qui a tapé ces promesses de vente ?

Un lettre a été dactylographiée le 17 juin à la scierie pour un fournisseur 

Le 17 juin 1923 , par exemple, il (Seznec NDLR) commande à un inventeur de Versailles, un économiseur d'essence. Sur la lettre de commande TAPÉE À LA MACHINE,  il spécifie...."

B. Rouz Affaire Quéméneur Seznec , p.55

 

Cette lettre a-t-elle été expertisée ? A-t-elle été tapée avec la même machine que les promesses de vente ?

Charles Dechesmes, le comptable de Seznec jusqu'en 1921, confirme que les notes qu'il recevait étaient manuscrites et qu'il n'avait jamais vu personne se servir de machine à écrire chez les Seznec. » (Déposition de Charles Dechesmes, le 12 juillet 1923).

B.Rouz p.103

"...en admettant que j’aurais eu besoin d’une machine à écrire, j’en avais une à ma disposition, que j’avais prêtée à Mr Duchêne. 

Cahier secret de Guillaume Seznec .Site officiel de Denis Langlois 

Madame Seznec confirme que cette machine, détenue par M.Dechenne était dotée d'un clavier américain :

Le Matin 12/7/1923

Le Matin 12/7/1923

Seznec affirme pouvoir disposer de la machine à écrire détenue par son ancien comptable. 

Ce comptable, M.Dechenne lui faisait- il toujours, en 1923, des travaux de secrétariat ?

 

Il semblerait que oui puisque aux dires de M.Dechenne, ni Guillaume, ni Marie-Jeanne ne savaient se servir d'une machine à écrire. 

Certes, Marie,  leur fille,  apprenait la dactylographie. Mais elle était alors en pension au Huelgoat.

 

La dactylographie des promesses de vente est le travail d'un professionnel. 

Ouest-eclair du 12 juillet 1923

Ouest-eclair du 12 juillet 1923

Témoignage de Petit-Guillaume retranscrit par Denis Langlois. Source: site officiel de Denis Langlois. Petit Guillaume reconnaît implicitement que ses parents ont bien fait des faux. Et il semble bien que ce soit avec la machine à clavier français achetée au Havre le 14 juin.

Témoignage de Petit-Guillaume retranscrit par Denis Langlois. Source: site officiel de Denis Langlois. Petit Guillaume reconnaît implicitement que ses parents ont bien fait des faux. Et il semble bien que ce soit avec la machine à clavier français achetée au Havre le 14 juin.

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M
Je ne crois pas que Seznec ait tué Quéméner pour le chèque, puisque je ne crois pas à la préméditation (mais, bien entendu, ce que je crois ne m'empêche pas d'envisager toutes les hypothèses). Si Seznec avait voulu tuer Quéméner, il n'aurait pas conçu ce plan cauchemardesque, où il est le dernier à être vu avec la victime, où les horaires de train ne permettent pas à Quéméner de le quitter vivant, où il se retrouve en panne sur les lieux du meurtre, avec des témoins partout. De nombreuses personnes savent que Seznec et Quéméner partent en voyage ensemble pour une affaire, Seznec revient seul et ne se soucie plus vraiment de son compagnon, ni de l'affaire (dont il est indiqué par Métais qu'elle l'occupe depuis deux ou trois mois), etc. Pour toutes ces raisons, je pense plus probable que Seznec ait improvisé ses différentes manœuvres après avoir tué Quéméner au cours d'une violente dispute, et je ne pense pas que ce soit pour compenser la perte d'une fortune qu'il n'a jamais eue qu'il a ensuite tenté de récupérer le chèque puis acquérir Traou-Nez à bas prix, mais uniquement parce qu'il était au bord de la faillite, étant une véritable catastrophe en affaires. Ce n'était pas, selon moi, par appât du gain, mais uniquement par besoin de trouver une solution pour s'en sortir financièrement, étant pris à la gorge.
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C'est une hypothèse valable que j'envisage aussi. Mais il y a trois objections :<br /> Le témoignage de son fils <br /> Le comportement de Marie-Jeanne qui n'aurait pas défendu un mari assassin comme elle l'a fait si elle était au courant <br /> L'impossibilité d'avoir tué et dissimulé le corps entre 22h 10 et 22h 30.
M
L'article du 11 juillet 1923 que vous citez provient en fait du "Petit Parisien". Il y a bien un article sur cet incident dans "L'Ouest-Éclair" du même jour, avec d'autres détails, et dans lequel ce marchand est appelé Batude. Je l'avais vu, mais je pensais que c'était "Le Petit Parisien" qui avait le bon nom. J'avais tort. Je viens de voir que Thierry Lefebvre a identifié cet homme comme étant Joseph Batude, né à Brest en 1879. J'ai corrigé ma page du 30 mai 1923 en conséquence.
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Merci pour la précision
M
Bonjour. Guillaume Seznec a admis avoir possédé plusieurs machines Royal n° 5 en provenance des stocks américains (ayant donc un clavier américain). Il a dit qu'il n'en possédait plus qu'une seule, celle que M. Dechesmes lui avait demandée en gage pour non paiement de ses honoraires de comptable (interrogatoire de Seznec du 23 juillet 1923 et déposition de Dechesmes du 12 juillet 1923). Nous ne savons pas si Dechesmes savait se servir d'une machine, par contre.<br /> <br /> Je me souviens avoir lu que ce qui a poussé Dechesmes à interrompre ses services, ce n'est pas ce retard de paiement, mais le fait que les affaires de Seznec n'étaient pas régulières et qu'il ne lui fournissait rien d'utile pour la comptabilité, mais c'est un autre sujet.<br /> <br /> Seznec à dit avoir vendu ses autres machines. Pourtant, le 30 mai, il pose cette étrange question à M. Batrude. Comme je pense qu'à cette date il n'a pas encore envisagé les fausses promesses de vente (oublions Petit Guillaume cinq minutes) et qu'il compte se rendre incessamment à Paris pour essayer de récupérer le chèque de Pouliquen, je suppose qu'il avait véritablement l'intention d'acquérir une machine pour sa fille en payant son dû à Dechesmes et en faisant modifier le clavier.<br /> <br /> Cependant, si l'idée des promesses de vente était déjà là, il devait être ennuyé par l'absence d'accents sur les claviers américains (qu'il ait voulu utiliser la machine détenue par Dechesmes ou qu'il ait possédé une autre machine en secret), car les actes auraient paru étranges et suspects sans accents. Il lui fallait donc acquérir une machine à clavier français, mais certainement pas à Morlaix. Il est étonnant qu'il ne soit pas allé l'acheter à Paris, par contre. Il peut avoir improvisé cet achat au Havre, où il s'était rendu avant tout pour envoyer le télégramme. Ce n’est pas la seule gaffe qu’il ait faite.
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Acheter une machine à écrire pour sa fille qui aurait ainsi pu apprendre le secrétariat. Je n'avais pas cette notion . C'est intéressant. En tout état de cause que ce soit pour sa fille ou pour du secrétariat commercial une machine qui n'écrit pas les accents ne peut pas faire l'affaire.<br /> Le fils de Jeanne ne reconnaît pas les faux. Les fils de Guillaume, si.<br /> Je suis d'accord avec vous , le voyage du 13 juin au Havre avait pour but d'envoyer le télégramme. Guillaume Seznec a pu entendre, dans le train Rouen-Le Havre une conversation entre les représentants de commerce concernant les machines à écrire et mettre à profit le temps qui lui restait avant le train du retour pour faire l'acquisition d'une machine au Havre. Ce qui expliquerait l'extraordinaire coïncidence de retrouver lesdits représentants dans le magasin Chenouard.<br /> Ce n'est pas le comportement d'un coupable mais bon...<br /> Vous êtes très sûr que Seznec soit allé à Paris pour récupérer le chèque de Pouliquen. C'était follement vain et risqué. Je pense qu'il est plutôt allé à Paris pour savoir où en était l'affaire des Cadillac. Il est allé à Paris surtout pour y rencontrer Gautier. Lorsqu'on suit le raisonnement de Skeptikos ça tient la route.<br /> Si vraiment il cherchait une machine à écrire le 30 mai pour faire ou refaire des promesses de vente , cela signifierait que Pierre Quéméneur était mort à cette date. <br /> Penser que Seznec ait pu tuer Pierre Quéméneur pour récupérer un chèque qui n'était pas récupérable, et revendiquer l'acquisition d'une propriété qui n'était pas récupérable non plus , le vendeur étant décédé est aberrant.<br /> Je suis de moins en moins sûre que Quéméneur soit décédé le 27 mai.<br /> Des témoins l'ont vu le 27 et le 30.<br /> C'est possible que ce soit Seznec qui soit passé au bureau de poste le 2 juin, non pour récupérer le chèque , mais pour savoir si Quéméneur dont il n'aurait pas eu de nouvelles l'aurait fait.<br /> Les postiers ne l'ont pas reconnu.<br /> C'est donc possible que ce soit Pierre Quéméneur, non reconnaissable sur la photo produite, qui soit passé à la poste.<br /> Il a pu ne rentrer à Morlaix que le 3 juin.<br /> Mais il y a un témoin, Francis Bolloc'h qui pense l'avoir conduit de la gare de Guigamp jusqu'à Traou-Nez. Il se peut que là - bas quelqu'un ait fait la peau du mandarin. Ce quelqu'un le connaissait suffisamment pour être l'auteur de la mise en scène du Havre. Pour moi les faux exemplaires des promesses de vente ne sont pas clairs et comme la machine à écrire du havre n'a pas été expertisée il y a un doute.<br /> Ce qui va dans les sens d'un faux fait par Seznec, ce sont les témoins qui l'ont reconnu (Les Jacob et les Gadois )<br /> Le fait qu'il ait dissimulé les feuilles de papier timbré sous le plancher de l'atelier.<br /> Le fait que la machine qui a tapé l'exemplaire en sa possession faisait un rebond sur les é , comme celle qui a été trouvée à la scierie.<br /> Son fils Guillaume et ses petit fils ont reconnu qu'il y a eu des faux.<br /> Dans le prolongement de l'escroquerie aux Cadillac, nous ne sommes plus dans la perspective d'un crime crapuleux, mais dans celle d'une tentative maladroite de récupérer de l'argent perdu.
M
Concernant Dechesmes : "Un homme, honorablement connu à Morlaix, et dont la compétence en matière de comptabilité est certaine, fut, sur la demande de Seznec, le collaborateur de ce dernier pendant un certain temps. Il devait lui ouvrir des livres, les lui tenir. Hélas ! au bout de dix mois, il avait compris qu'il perdait son temps. Les pièces étaient remplacées par des déclarations orales... Bien entendu, il partit, estimant que sa place n'était pas là." ("La Dépêche de Brest" du 2 juillet 1923)
Merci pour ce commentaire. <br /> Il est éclairant.